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Notre
approche a commencé au cur de notre propre héritage
culturel, celui de la civilisation chrétienne de l'Europe occidentale.
A nos yeux, cette culture est porteuse d'un oeucuménisme beaucoup
plus vaste qu'elle ne l'a jamais démontré : plus ouvert,
plus tolérant, et plus à l'écoute d'autres traditions.
C'est d'ailleurs en touchant les racines les plus anciennes de la musique
occidentale, le chant grégorien, que nous avons découvert
une universalité surprenante. Ce chant a beaucoup plus en commun
avec les musiques non-occidentales que toutes les musiques chrétiennes
qui l'ont suivi.
Rappelons
au passage que la vraie tradition du chant grégorien, transmise
oralement de maître à disciple, s'est éteinte voici
plusieurs siècles. Ce que chantent les moines et les médiévistes
aujourd'hui, ne sont que des reconstructions hypothétiques récentes
et nul ne sait comment ces chants étaient interprétés.
Seules nous restent des mélodies écrites sur manuscrits,
toutes imprégnées des aspirations des hommes du Moyen Age.
Malgré
les siècles d'oubli, ce chant nous a étonné par
ses audaces, une grande liberté dans le mouvement et un sens de
l'équilibre qui rappellent la sensualité de l'art roman.
C'est cette originalité-même qui nous a incités à
're-partir' de ce chant pour inventer, ré-inventer une musique
vocale d'aujourd'hui, expression d'un art véritable de la voix.
Le
chant grégorien porte en son centre des éléments
universels. Chacun a pu ressentir cela à son écoute, et
curieusement, cette impression est partagée par des gens de cultures
musicales et religieuses très différentes. Des juifs et
des musulmans, des musiciens indiens y ont reconnu une similitude avec
leur pratique. Et des chrétiens africains ont adapté le
plain chant en le mariant à leurs rythmes...
Comment
expliquer cette universalité ? Peut-être est-ce lié
au fait que le chant grégorien se rapproche justement des racines
les plus profondes de la musique occidentale, là où se trouve
le contact mystérieux de l'Orient et de l'Occident, juste avant
leur distinction si clairement manifeste après l'avènement
de l'harmonie et de la polyphonie.
En
chantant leurs mélismes au long des années, le désir
d'improviser sur les chants grégoriens s'est fait jour naturellement.
La voix cherche d'elle-même à repousser ses limites; elle
vous-demande à se déployer hors de tout carcan, au-delà
des partitions, pour aller à la rencontre du moment présent.
Par là-même, nous renouons avec une pratique oubliée,
car il semble bien que l'improvisation était couramment pratiquée
par les chantres médiévaux, comme dans les autres traditions
indo-européennes et sémitiques.
Aujourd'hui,
notre musique s'est élargie à d'autres cultures, pour aller
à la rencontre d'autres traditions vocales sacrées, antiques
ou actuelles. Nous incorporons des instruments traditionnels aussi bien
que des sons électroniques. Tout en restant notre grande source
d'inspiration, le chant grégorien nous a guidés à
son tour vers ses origines ancestrales et universelles : le Temple de
Salomon, les pyramides d'Egypte, les Védas, les rythmes chamaniques
aux origines de toute musique sacrée.
Dans
cette diversité de couleurs musicales, le noyau est pour nous toujours
le même : exprimer les mille et une facettes de la relation à
l'Essentiel qui est en chacun de nous.
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